La parade, donc...

Anadipsie : L’histoire.


D’abord, une cloche annonce qu’ils s’approchent…

Puis seul, un homme , actionnant cette cloche, perce le chemin.


Il est en marche méditative, les yeux scrutant la terre nouvelle et les dangers qu’elle pourrait receler. C’est l’éclaireur. Il impressionne par sa concentration et sa conviction. Il est seul.

 Une dizaine de mètres derrière lui, arrivent les purificateurs. Ils sont cinq. Ils actionnent des encensoirs au bout de chaînettes métalliques. Ils purifient la terre, dégagent le chemin, éloignent les animaux rampants, brûlent insectes et microbes en tout genre. Ceux qui suivent sont déjà si faibles que le moindre parasite pourrait leur être fatal.


Puis, à travers un impressionnant nuage de poussière, on distingue la troupe à proprement parler. Elle s’ouvre avec un cadre piano sur roue et un triste orchestre de cuivre et de percussions qui rythme ce lent exode d’une mélodie sourde.

Ils sont suivis des femmes qui ramassent des graines ou quelques gouttes de rosée.
Derrière elles, protégés par des protecteurs. de drôles de personnages apparaissent, ce sont les élus. Ils portent sur eux des organes artificiels qui leur permettront de vivre plus longtemps. Ce sont les jeunes que l’on privilégie au détriment des autres. Il faut bien perpétuer l’espèce.

Ensuite, il y a les porteurs, qui portent sur leur dos une structure comparable à celles que l’on utilise pour sécher le linge mais qui, ici, semblent recouverte de racines séchées, d’objets divers désagrégés par le temps et le vent.

Tous avancent lentement dans un état de semi méditation. Le manque d’eau les oblige à pénétrer à l’intérieur d’eux-mêmes pour économiser leurs forces. Auncun mouvement n’est brusque ou rapide.



A l’arrière du cortège, il y a les êtres de poussière. Ils sont nombreux. Ils n’ont plus droit à rien, même au minimum. Certains portent sur le dos leurs morts. Ils ressemblent à des amas de poussière. Sans vie, ils avancent encore, lentement, mûs par une force étrange. Comparable à la force d’inertie qui fait encore avancer le bateau quand le moteur est éteint et la voile baissée. Le cortège se referme sur eux et sur la poussière des hommes.









Ces gens n’ont rien à nous dire, ils n’ont plus la force de porter un message. Mais ils sont, eux, le message le plus puissant qui soit. C’est une parade d’anticipation. Elle nous hurle la détresse silencieuse d’une communauté d’êtres humains, qui peu à peu, retourne prématurément à la poussière.




                                                                                Sans eau, tout n’est que poussière…



Anadipsie Zinneke Parade 2008
Partenaires: IStudio/IS Asbl - IS Collectif & Co - Centre Scolaire Notre Dame de la Sagesse - Royal Hotel Compagnie - Blast Projekt - Antichambre asbl.
Photos: Quelques photos Zinneke 2008 sur Flickr.